Des nouvelles d'Anne-Sophie Guénéguès

Des nouvelles d'Anne-Sophie Guénéguès

Extraits de Jalousie

Jalousie est une courte nouvelle qui raconte quelques heures douloureuses de la vie d'une femme qui vient de faire une grosse bêtise, animée par ce sentiment paradoxal qu'est la jalousie...

Pas de jugement, juste un constat dans les larmes...

"C'est dommage, je m'entendais bien avec ta mère. Avec ma belle-famille en général d'ailleurs. Je n'avais pas grand-chose à dire à ton père certes, mais comme il parle peu, je crois que ça l'arrangeait bien. Nos échanges se limitaient aux réflexions d'usage sur la météo, le prix de l'essence ou le ragoût de jolie-maman. Par contre, j'avais des échanges beaucoup plus sympathiques avec ta sœur, j'adore ta sœur. Je ne sais pas pourquoi tes parents l'ont prénommée Claude, ils avaient déjà un garçon. Beaucoup trouvent que ce n'est pas un prénom de fille, moi j'aime bien, il me rappelle les aventures du Club des Cinq de mon enfance, période bénie s'il en est, où les peines de cœur pouvaient être soulagées par un simple câlin de maman. Étant fille unique et un peu trop grosse et moche pour avoir des amis, je passais beaucoup de temps à lire, je collectionnais la bibliothèque rose. C'était une consolation de suivre Claude et ses amis sur les traces de Dagobert, j'avais l'impression de faire partie du Club.

Pour en  revenir à Claude ta sœur, je me suis surprise à ne pas trop lui en vouloir d'avoir partagé vingt ans de ta vie. Le fait que tu ne lui adresses que peu la parole y est sans doute pour beaucoup. J'ai bien ressenti quelques pincements au cœur à l'évocation de souvenirs partagés, mais ils ne vous ont pas conduit vers la complicité que j'ai redoutée, quand tu m'as appris que tu étais frère. Au grand désespoir de ta mère d'ailleurs. Elle voyait dans mon amitié naissante avec Claude un potentiel rapprochement entre ses enfants chéris. Je pense qu'elle n'était pas fâchée non plus que son musicien de fils s'acoquine avec une fille qui a davantage les pieds sur terre et la tête sur les épaules.

De mon côté, ma mère t'appréciait beaucoup aussi. Je sais ô combien ce n'était pas réciproque. Je l'ai ressenti bien avant même que tu la rebaptises L'Erika (Elle s'appelle Laetitia). Tu la trouvais dévastatrice, polluante et collante. Elle a toujours feint de l'ignorer tant ton prénom résonnait chez elle comme une promesse de grand-maternité. Tu es le premier à me supporter plus de six mois. Elle va être très déçue. Je ne sais pas encore comment je vais lui apprendre la nouvelle. Et si elle apprend que c'est à moi que reviennent les torts, je risque d'entendre parler du pays !"

et plus loin...

"Je reste assise, un verre vide à la main, presque inerte et tout à fait inefficace. Gainsbourg répétait qu'en amour, il y en a toujours un qui souffre et un qui s'emmerde. Je lui annonce, s'il m'entend, que présentement, je suis les deux. Je ne suis que l'ombre de moi-même, je n'ai plus de force, plus d'envie. Je n'aurais probablement pas le courage de tendre le bras pour décrocher le téléphone s'il sonnait. Je préfèrerais d'ailleurs qu'il reste muet ce soir, je ne sais pas encore sur quel ton je vais jouer mes prochaines conversations. Vais-je m'épancher telle une victime larmoyante ? Ou resterai-je fière dans une douleur sobre et contenue ?"




13/03/2010
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