Des nouvelles d'Anne-Sophie Guénéguès

Des nouvelles d'Anne-Sophie Guénéguès

Une nouvelle inédite : Jeu sur le son É comme Été

Vous aussi, essayez !
La prochaine fois, je travaillerai sur le son O comme Eau...

" Il avait décidé de poser tout le mois de juillet. Depuis toutes ces années, il avait bien mérité de prendre de vrais congés.

Ils avaient opté pour Saint-Tropez.

C'est qu'il imaginait, sa belle, sa dulcinée, sur la plage à dorer, sur la terrasse à siroter, sur le lit, en plein après-midi, à se donner.

Dans ses rêves même éveillés, il y avait des petits matins pain au lait et des miettes sur l'oreiller ; il y avait des saveurs à goûter sur des marchés colorés, des galeries à visiter, des avis à échanger, des caresses un peu osées, des envies franchement avouées lors de dîners d'amoureux improvisés.

Le corps légèrement hâlé, allégé par les salades de légumes et les viandes grillées, il savait qu'ils se plairaient, qu'ils s'aimeraient à nouveau comme au premier été de leur amour, que grise mine et mauvaise humeur seraient pour un temps discréditées. Terminées les excuses du stress conditionné, du travail de deux employés, du patron qui n'en a jamais assez, du manque de temps et de liberté, du repas sauté, de la réunion qui ne veut pas se terminer, de l'urgence matinale crispée, et envolées aussi les contraintes, les pressions, des collègues, des amis, de l'entourage, de la famille, du voisinage, de la belle-famille, tous ces gens bien attentionnés… Non, enfin se retrouver.

Compter les jours jusqu'au dernier, charger dans l'auto les bagages enfin bouclés. Libéré.

Les bouchons sur le trajet, les engueulades associées, il les avait occultés. Le temps trop ensoleillé, le vent trop léger, les chaussures trop ensablées, le café trop payé, la foule trop serrée, l'eau trop mouillée, il n'y avait pas vraiment songé. Mais c'était sans compter sa petite femme adorée qui avait le chic pour tout gâcher, même les sentiments les plus dévoués.

Voilà où ils en étaient. Chacun faisait ses activités de son côté ou alors, pour un oui, pour un non, ils s'engueulaient. Entre quatre yeux ils se voyaient. Comme ils étaient. Pas de carapace endimanchée, pas de masque obligé, pas de barrière rituellement rythmée.Les vacances comme une histoire d'amour, il avait moyennement aimé l'aller, il n'allait pas attendre le retour."



13/08/2010
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